Conte inspiré des récits parus sur @cheveuxderiches_officiel

Avinguda Diagonal, Barcelona
Fraîchement arrivé de Cadaqués, Alfonso María Galcerán de Pinós profite d’une rare journée de liberté à Barcelone sous le prétexte d’un rendez-vous chez son docteur.
Victoria, sa quatrième épouse, qui pendant les derniers jours à la Costa Brava ne lui parlait que pour l’avertir des périls d’une surexposition au soleil, ignore que le Dr. Aymerich, rhumatologue de confiance de la famille, ferme son cabinet pendant le mois d’août.
Alfonso, qui n’a pas répondu aux derniers whatsapps de Victoria, n’hésite pas à activer le mode avion de son iPhone pour s’isoler, digitalement aussi, des servitudes conjugales. Satisfait de son geste, il glisse doucement le téléphone dans sa poche, d’où il en sort un cachet de tramadol, sublime analgésique opioïde qui soulage ses accès de douleur.
Sous le crantage parfait, la chemise en coton égyptien signée Prada et les pantalons rose azalée, le corps de notre héros souffre. Atteint de rhumatismes depuis une dizaine d’années, Alfonso se débat chaque été contre l’aggravation des symptômes de cette maladie, qui le prive de la pratique du tennis et du ski nautique mais qui – dieu merci – lui permet encore de contester 18 trous à Javier, son ami d’enfance.
Sous l’ombre d’un des palmiers de la Diagonal, à l’abri du soleil brûlant de la canicule barcelonaise, Alfonso reste immobile au milieu du trottoir. Il place ses mains sur ses hanches, cherchant à trouver une position qui apaise sa lombalgie, le temps que le médicament agisse.
Quelques mètres devant lui, un garçon en short couleur cuisse de nymphe et polo blanc, attend au feu rouge. Les mains sur les hanches, comme lui, Alfonso ne peut s’empêcher de se sentir interpellé par cette coïncidence.
L’apparition de sa version juvénile est une mise en abyme pour notre héros.
La tête qui tourne, Alfonso ressent un grand vertige existentiel.
Ça y est, le tramadol commence à agir.

